06.11.2009

(Re)fondation - Partie 2

 

L’économie mondialisée et plus généralement les relations internationales, sont à mon sens au cœur de ce que devrait être la refondation de nos civilisations, car c’est bien de cela dont il s’agit finalement. Cette globalisation des économies, au-delà de certaines de ses conséquences terribles, immédiates, que sont l’exploitation littérale de l’homme par l’homme, et des richesses à la dispositions de certains, par d’autres, de manière exclusive, tend également à l’uniformisation culturelle. Le modèle occidental de l’ultra consommation et du matérialisme est jalousé, au détriment parfois des cultures locales. Les points suivant traités ici, tentent de comprendre ces phénomènes, de proposer une vision différente de ces mécanismes, pour mieux les refonder.

 

L’économie capitaliste a perdu ses repères. N’en déplaise à certains orthodoxes de la chose, le libéralisme des débuts avait pour vocation l’entreprenariat, et la poursuite de cet esprit au travers des héritiers. De manière claire, l’obtention de bénéfices étaient la raison première de ces entreprises, mais au-delà, ils s’agissait de créer et promouvoir une entité sociale, perçue comme telle pour une large part et dont on avait pleinement conscience du rôle dans la société (patronat proche des ouvriers…). Au-delà, de la notion de profit, le patron se savait directement responsable d’une part de la qualité de vie de ses employés, et ce rôle était assumé ( au sens large, ce qui signifie en clair que bien sur l’action du patron pouvait ne pas aller dans le sens de l’ouvrier, voir Zola, les grèves des mineurs avec fusillades des grévistes …), ou plus précisément les patrons en avaient conscience….Aujourd’hui ce n’est plus le cas ( excepté pour les PME ), la dimension sociale de l’entreprise est dénigrée volontairement, seul le profit compte. Paradoxalement, je pense que si nous en sommes arrivés là c’est par le besoin légitime des populations d’une consommation de masse (par définition). Celle-ci de part la nécessité toujours plus grande de réduire le prix d’achat des produits a entraîné des investissements de masse, donc collectifs ou générés par un collectif, désindividualisé donc, toujours plus éloigné des personnes produisant effectivement les biens de consommation, la suite n’est qu’une suite logique de ce système, son emballement inclus…Ainsi pour une large part, par le droit que nous avons acquis à la consommation, nous sommes responsables de ce qui nous arrive. Il semblerait donc qu’il faille réintroduire à l’un des bouts de la chaîne de la consommation, une plus grande part de responsabilité individuelle, ou tout du moins de préoccupation relevant du respect des individus, et à l’autre une baisse de la consommation. Ce dernier point quoi qu’on en dise, même s’il apparaît comme osé, est devenu incontournable, ne serait-ce que de part la raréfaction des ressources de notre planète (certains évoquent notre entrée dans une ère de la gestion de la pénurie). Je reviendrais sur ces points plus bas.

A ce niveau du développement de cette approche, la concurrence internationale doit être envisagée. En effet, quand bien même un état prendrait la décision courageuse de refonder sa société dans le sens précisé plus haut, si les autres ne le font pas, cela ne peut fonctionner. La concurrence économique internationale est une guerre à l’intérieur de laquelle les scrupules ont peut de place aujourd’hui. Dans la mesure où un gouvernement a également vocation à protéger sa population (on ne comprendrait pas le contraire), il ne peut se lancer dans l’aventure sans l’adhésion de tous.

C’est ici qu’il est possible de parler de gouvernance mondiale au sens des échanges économiques et de la régulation. Autant je pense qu’il faut à tout prix persister dans le sens de l’établissement d’une gouvernance mondiale à ce sujet, et notamment pour le traitement de la régulation du système financier mondialisé, autant je crois également qu’il ne peut s’agir que d’un travail à long terme, dont les résultats pourraient être quasi insensible à l’échelle de plusieurs générations consécutives.

Le fond du problème demeure à mon sens que le libéralisme ne peut (et ne doit..) être remis en cause aux fondements, j’insiste sur ce dernier point. Il doit par contre évoluer de façon certaine. Jusque là, la valeur financière d’un produit était associée en bout de chaîne à son utilité (plus il est utile, plus il est demandé et consommé, et plus son court grimpe), sa rareté (qui s’inscrit en fait dans la catégorie décrite précédemment ), son association à une pulsion consumériste non rationnelle ( le luxe )…Une quatrième dimension doit être ajoutée à ce niveau qui est celle, au final, de la « valeur éthique » ( au sens large) du produit. Si cette dimension revêt un intérêt identique pour tous les acteurs économiques, que celles évoquées précédemment, le tour de force est gagné. Si le consommateur exige cette dimension, tous les autres acteurs de l’économie n’auront d’autre choix que de s’y mettre. Une fois cette analyse posée, la deuxième étape consiste en l’émergence parmi les réflexes de consommation de tous, de ce réflexe éthique.

Bien sur, il existe déjà des systèmes permettant cette consommation, je pense par exemple aux sociétés et produits labellisés Max Avelaar, ou tout autre label équivalent. Mais la consommation correspondante est ressentie, parfois à tords sans doute, comme trop chère, et donc inaccessible pour tous. Subventionner ces systèmes, même de manière temporaire ne me semble pas adaptée, car ce serait trop artificiel pour perdurer. C’est du côté de l’augmentation effective du pouvoir d’achat qu’il faut envisager le support à la consommation. De nombreux analystes s’accordent à dire, que les salaires sont trop bas en France, en comparaison du coup de la vie, de la rémunération des produits financiers, des salaires des autres états dont l’économie est équivalente et qu’un rattrapage serait bienvenu. Si elle a lieu, l’augmentation des salaires associés à une forme d’incitation à la consommation de produits dits éthiques, pourrait aider au démarrage de cette filière. En fait il s’agit ici de rémunérer au mieux en terme d’équité sociale et financière les producteurs, qui finissent par dépérir du fait même de leur travail (voir producteurs laitiers français, pêcheurs africains…). Dans cette logique, il apparaît comme évident que cela ne peut se faire qu’au détriment des marges des entreprises, celles-ci et leur actionnariat doivent accepter de mieux rémunérer le travail, au détriment des bailleurs de fonds.

Plus généralement concernant les ressources mondiales, que ce soit pour l’eau, les énergies fossiles, le nucléaire,…leur raréfaction est synonyme à l’avenir au mieux d’injustice sociale, au pire d’instabilités géopolitiques, de conflits. L’idéal à mon sens, pour pallier ce problème, serait la création d’une instance internationale de gestion des ressources de la planète, gérée de manière équitable entre tous, y compris avec les pays en voie de développement qui bien qu’étant très souvent les principaux fournisseurs, sont rarement ceux qui ont leur mot à dire sur la destination de ces ressources. Bien sur, je suis conscient du caractère quelque peu naïf de cette proposition, mais il apparaît clairement que sur des sujets comme l’eau, qui au-delà même des hydrocarbures, correspondent à des enjeux immédiatement vitaux, je ne vois pas d’autres moyens que la mise en place d’organismes internationaux pour en gérer la distribution, « au mieux », le plus dur dans ce principe étant encore de définir ce que signifierait ce « au mieux « ; sous peine de voir se multiplier les catastrophes humanitaires.

 

Ainsi, il apparaît clairement que cette refondation sociétale passe par une responsabilisation de tous les acteurs économiques de la chaîne de la consommation (propriétaires – producteurs – consommateurs), devant les enjeux que doivent affronter tous les états. Plus concrètement les populations n’ayant pas le luxe de se nourrir de grands principes, il faut trouver le moyen de transcrire en terme de réflexes de consommation les principes éthiques évoqués plus haut. Outre l’intérêt immédiat pour les états qui mettraient ces principes en place, par effet d’entraînement ces principes pourraient émerger pour les états qui ne souhaitaient pas les appliquer initialement (certains analystes précisent aujourd’hui que si la Chine se lance dans la Green Economy, c’est aussi parce que les Occidentaux y sont de plus en plus sensibles et qu’elle anticipent là un marché émergeant).

Ces révolutions consuméristes ne peuvent qu’être associées à des révolutions culturelles, politiques, qui relèvent d’une modification des relations du citoyen à l’Etat, au pouvoir Exécutif, affin de mieux prendre en compte les aspirations actuelles de ces citoyens. Ce dernier sujet est l’objet de la prochaine note à venir.

11.10.2009

La farandole des médiocres

Cette note est une parenthèse dans la série entreprise précédemment. Elle m’est inspirée par la situation courante du MoDem, elle se voudrait un signal d’alarme à l’approche des élections régionales, pour faire face à celles-ci, et surtout la suite, car il faudra bien trouver le moyen de sortir la tête haute de ces élections…Pour moi, il ne faut pas s’y tromper, j’ai la crainte que dès le premier tour les résultats ne soient pas ceux escomptés, et pour ce qui resterait au deuxième tour la manière de l’atteindre ressemble relèverait plus de la perte de notre âme que d’un succès électoral même partiel. Car ne nous y trompons pas une seule seconde notre avenir immédiat ne dépend plus de nous.

 

En effet, il faudra bien l’admettre, Europe-Ecologie et sa déclinaison régionale est en passe de réussir, ce que nous souhaitions depuis le début pour le MoDem, à savoir devenir cette troisième force alternative, crédible, faisant de la politique autrement, ne serait-ce que par le cœur du message, exigeante, et qui ose la cohérence des intentions, du propos, de l’action et qui par conséquent rencontre cet électorat désormais exigeant envers les politiques, qui attend autre chose que des positionnements martelés, des intentions d’innover non suivies dans les faits, et que dans certaines banlieues dont j’ai été proche un temps on aurait décrit la chose en ces termes : « brasser du vent »…Ma famille politique demeure le MoDem, et le restera, mais comme j’ai déjà pu l’écrire j’ai la plus grande admiration pour Europe-Ecologie, pour ce qu’ils sont en train d’accomplir, pour leur message ( excepté leur position sur le nucléaire ), pour la façon qu’ils ont d’aborder la vie politique française, un peu à la hussarde et sans complexe vis-à-vis du pouvoir en place. Il se trouve que Région-Ecologie et plus largement les Verts nous sont proches idéologiquement, que nous aurions tout intérêt à nous rapprocher d’eux de manière plus rapide et franche que nous le faisons pour l’instant, avant qu’ils ne se rendent compte qu’ils n’ont pas besoin de nous pour peser au deuxième tour devant les socialistes, et aussi parce qu’il faut bien penser à l’avenir, au-delà des régionales, cet avenir qui va les voir devenir une force majeure dans notre pays, et avec laquelle il faudra compter. Je pense que dans certaines régions, comme en Ile-de-France, il faut envisager dès le premier tour des listes communes. Dans ce sens notre avenir ne nous appartient plus, à force d’errements en tout genre, de schizophrénie communicante, nous avons entamé notre capital « sympathie ». Malgré tout, nous pouvons encore répondre à l’attente des français, ne serait que parce que nous avons à mon sens le potentiel en notre sein et surtout la meilleure possibilité de synthèse d’une action sociétale. Pour que ce point se réalise, je pense que l’un des pré-requis est le lancement d’une figure jeune, nouvelle, emblématique, qui puisse proposer autre chose que la vision de tiranosaures rex de la politique, prétendant faire de la politique autrement, alors qu’ils sont rompus depuis facilement trente à tous les jeux d’appareil possible et imaginables au point qu’ils deviennent de fait incapable de penser leur action autrement que dans ce cadre….Mais ce n’est pas tout, pour moi il y a une urgence programmatique et de consolidation idéologique plus grande qu’il n’y parait.

 

Comme je l’ai dit Région-Ecologie est là, avec un message relativement novateur et culotté, puissamment relayé par des évènements médiatiques divers ( film, interventions de certaines personnalités, imminence de colloques importants ), l’UMP a commencé sa tambouille qui pour être une tambouille nauséeuse n’en pas pour autant inéfficace: positionnement de la dynastie Sarkozy dans les Hauts-de-Seine , ralliement de Nature chasse pêche tradition, de De Villiers ), durcissement opportun de l’action gouvernementale envers l’immigration, les criminels sexuels récidivistes, permettant de remobiliser l’électorat,…nous, nous ne faisons rien….en fait je suis injuste, nous faisons des rencontres au sommet entre gens de sommet, dans des cafés, à la télé, à la radio…Quoi qu’on en dise tout cela ressemble trop à des discussions d’appareil pour ne pas en être. C’est comme si nous avions déjà abdiqué à convaincre les gens, c’est comme-ci nous avions déjà renoncé. On ne se refait pas, des gens d’appareil restent des gens d’appareil….J’ouvre ici une parenthèse dans la parenthèse, elle va vers tous mes amis militants, on va vous demander pour la énième fois d’écrire un programme à la con dont on sait déjà qu’il risque de ne jamais être lu…ce coup-ci l’horizon des alliances étant ce qu’il est il va falloir en plus que le programme soit compatible des alliances de deuxième tour et donc orienté, et il va falloir éventuellement qu’il soit édulcoré suffisamment pour permettre des listes mixtes au premier tour...sachez que si il vous restait encore des doutes sur le fait que vos travaux ne servent à rien, cette élection va les confirmer définitivement. D’autre part, et là je m’adresse à tous mes amis qui s’intéressent de près à la mise en place de la campagne au sein de notre mouvement, même si je suis le premier à dire qu’il faut se battre pas à pas devant la gouvernance honteuse de notre parti, ne perdez pas trop votre temps avec les commissions d’investitures fantoches, inféodées, composées de pantins articulés, qui n’hésitent pas à soutenir que désigner les investitures et en être partie prenante ne pose aucun problème, qui n’ont pas peur de prôner le cumul alors que même les socialistes on fait de ce sujet un des piliers de leur refondation…les dés sont jetés sur le principe…Je pense qu’il n’y a pas grand-chose à y faire.

 

Je crois plutôt qu’il faut remobiliser notre énergie sur d’autre point. Il faut en premier lieu soutenir et tout faire pour promouvoir les courants écologistes chez nous…Son impossibilité à prendre la place qui lui est du au sein de notre mouvement m’étonne encore et toujours, c’est comme si nous refusions de nous rappeler que ces courants nous fondent au même titre que l’UDF. Il fait ensuite à mon avis organiser des journées de rencontre avec la population dans chaque fédération, afin bien sur de nous faire mieux connaître mais aussi de mieux appréhender ce que les français attendent de nous, de créer l’évènement de promouvoir notre pensée, de réveiller et de souder un peuple MoDem un peu amorphe et inhomogène par instant. Tout ceci doit être fait vite avant notre congrès programmatique, lequel devrait être avancé à mon sens, fin Décembre c’est trop tard, c’est maintenant que les choses se font.

 

Pour conclure, il est temps pour nous de suivre l’exemple d’Europe-Ecologie qui réussit en s’assumant pleinement et qui nous montre que dans ce pays il est possible de faire de la politique autrement (sans jeu de mot bien sur) qu’en s’en prenant à Sarkozy. J’en ai assez de cette attitude de fossoyeur, où le MoDem attendrait que le cadavre du PS veuille bien finir de refroidir pour s’en repaître. Pour une fois, j’aimerais que mon Mouvement ose, propose, assume sans peur sa posture initiale de troisième voie présentée aux français. J’aimerais tant que l’élection à venir ne se transforme pas comme toutes celles que j’ai connu jusque là en farandole des médiocres,…A titre personnel je préfère le rock…

13.09.2009

(Re)fondation - Partie 1

Les crises écologiques que nous prédisons pour une part, que nous vivons par ailleurs, les crises financière et économique auxquelles nous sommes confrontées nous amènent tous à une conclusion quasi identique, à savoir que nos modèles de société sont dorénavant incapables de faire face à certaines réalités de notre planète : l’émergence concomitante de nouvelles puissances économiques, et la raréfactions des ressources, la mise en danger de notre planète, la globalisation des états de guerre, questionnent nos sociétés, que nous le voulions ou non. Leur refonte est souvent mise en avant, revendiquée,  mais concrètement que souhaitons-nous proposer comme alternative cohérente, responsable, durable.

Pour l’avoir trop peu vue, et par delà les déclarations d’intention, cette note essaie de poser en toute immodestie certaines pierres à cette édifice, bien sur démesuré, en proposant deux éléments de constat dans un premier temps, en essayant d’élargir la réflexion dans un second temps à l’économie mondialisée, et plus généralement aux relations internationales.

 

   

Pour commencer, l’exercice n’est pas si théorique qu’il n’y parait. Il est par contre particulièrement dangereux, et nécessite selon moi un retour dans le passé  proche ( le capitalisme tel que nous le vivons ), et un peu plus lointain (le socialisme leniniste) afin d’être certain de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Concernant le communisme d’abords, il est une tentative de refonder la société. Je ne reviendrais pas de manière approfondie sur le communisme. Je rappellerais simplement l’adjectif qui lui est souvent associé qui est celui de totalitaire. En effet,  le socialisme conduit à une révolution visant à prendre en charge la totalité de la vie sociétal des individus en planifiant leurs activités qu’elles soient d’ordre économique, sociétale, éducative,…au nom d’une certaine justice égalitaire. Le résultat en est que l’Etat s’immisce de fait dans la vie personnelle des individus jusque dans leur vie intellectuelle. L’art est perçu comme un outil de propagande, en période de transition il est vrai, mais qui finit de fait par devenir la norme. La seule expression artistique résultante est au service de l’Etat. En résumé, pour être certain de créer une société juste, l’Etat uniformise la pensée de chacun, en se donnant les moyens d’évaluer cette uniformisation, et prétend s’intéresser au bien-être et au bonheur des individus de manière immédiate. S’il fallait retenir quelques points de cette expérience dans cette note, ce serait que d’abords elle a lieu, ce qui signifie que les hommes sont capables de révolutions, même basées sur des principes de gouvernance complètement innovant et abstrait, et qu’ensuite, il est particulièrement dangereux et inefficace de considérer que le résultat d’une action politique doit être le bonheur de chaque individu d’une société. Pour résumer cette pensée de manière un peu rapide et évidente, vu sous l’angle du bien-être, le but de la politique devrait être de donner à la majorité de la population les moyens d’être heureux…Bien sur rien de celà n’est si simple et immédiat, j’y reviendrais plus loin…

 

La deuxième révolution à mon sens, envisagée dans cette note, correspond à la société dans laquelle nous vivons. Bernard-Henry Levy, même si je ne suis pas un admirateur de l’intégralité de son œuvre, a écrit en son temps  un pamphlet du communisme, La Barbarie à visage Humain, ou il était question d’un système de société s’étendant partout, affectant tous les aspects de la vie des gens ( voir plus haut ) et finissant par se désincarner et se transformer en une bête affamée, abstraite, insaisissable incontrôlable…Il est étonnant de voir à quel point cette description colle en tout point au capitalisme tel que nous le vivons. A mon avis, au-delà de la financiarisation outrancière de nos économies les deux outils ayant permis cet état de fait sont la numérisation des flux financiers, l’émergence de la communication marketing. La communication d’abords. Bien sur par définition son but est de faire vendre, de favoriser la vente des biens et des services. A mon sens la grande escroquerie de cette communication est qu’au-delà du simple domaine commercial, elle s’est insinuée progressivement dans tous les secteurs de la  vie quotidienne des gens, proposant des valeurs qui bien sur n’en sont pas, là où la fin de la Deuxième Guerre, la libéralisation de nos sociétés Occidentales dans les années soixante-dix ont laissé un espace de liberté ou de vacuité ( par l’effondrement des valeurs qui fondaient nos sociétés jusque là ) ; elle a proposé un référentiel de substitution basé sur une double logique : l’affirmation et l’assimilation de la marginalité, l’affirmation de la poursuite forcenée de l’accomplissement personnel. J’ouvre une parenthèse à ce niveau pour clarifier mes positions. Loin de moi l’idée de regretter le passé, le fonctionnement de la société française sous De Gaulle ou Pompidou, ou de m’attarder avec nostalgie sur l’emprise de l’Eglise sur la vie du pays. Je suis fondamentalement laïc et je salue la révolution culturelle que nous avons vécue qui fait que par exemple, même s’il s’agit encore d’un combat de tous les jours, l’émancipation des femmes est avérée, elles ont dorénavant l’autodétermination, politique, l’indépendance sociale, d’opinion, la maîtrise de leur corps. Plus généralement, les citoyens sont plus libres que de part le passé, de déterminer comme ils le souhaitent leur vie et leur avenir. Ce que j’affirme simplement, c’est que la communication marketing a comblé l’effondrement de nos valeurs du passé beaucoup plus vite que ne s’en sont crées de nouvelles, réelles, s’attaquant y compris, dans une phase ultime à nos valeurs politiques, républicaines, aujourd’hui. Cette parenthèse étant placée, la grande force de cette communication est l’assimilation et la promotion apparente de la marginalité et de la différence, à longueur de journée nous sommes incités à l’originalité, à l’exception, la nouveauté, l’anticonformisme pour une part, à l’action ( « Think different, Think pepsi », « Just do it… »….) d’un côté, l’accomplissement personnel de l’autre ( au détriment des autres individus ), la combinaison des deux mène bien sur à l’individualisme, et surtout à l’isolement de l’individu vis-à-vis de la grande « Machine à vendre », une fois isolé et finalement affaibli puisque livré à lui-même il est beaucoup plus facile de gérer ses pulsions consuméristes…..L’analyse est un peu facile il est vrai, surtout dans ce qui suit, mais je me souviens encore, comme j’ai pu le dire dans une autre note, de ce professeur qui m’expliquait « que la société de consommation avait déstructuré plus sûrement que tout autre notion la société, à commencer par les classes sociales défavorisées « …Car ne nous y trompons pas les « jeunes sauvageons » que vous pouvez reconnaître dans mes propos en filigrane ne différent fondamentalement des autres que part leur faiblesse face à cette société de consommation…

Cette tendance s’empare aujourd’hui de la structuration politique de la société française. En tant que corps électoral, cette société n’a jamais été aussi fragmentée, avec des différences de comportements électoraux très grand, sans que cela ne s’explique par ailleurs, et l’abandon des classes les plus défavorisées de leur expression politique…Voter aujourd’hui, s’intéresser à la politique, est devenu un acte de foi et un luxe…l’isolement des individus par la « communication marketing » que je décris plus haut est en passe de s’avérer en politique également…A ce niveau il y a tentative de révolution , mais c’est pour détruire les repères existant.

 

En fait, il s’avère bien sur que la construction d’une éthique, puis d’une morale, qu’une population s’accaparerait prend du temps, nécessite une maturation et ce d’autant plus qu’il est question d’actes spontanés, pas question par exemple que le politique s’en mêle, on voit où cela peut nous conduire avec le marxisme-léninisme. La société de consommation prend elle de vitesse tout le monde. L’accélération des flux financiers mondiaux a eu pour corrélat de raccourcir le temps entre les prises de décision, les investissements, les actions qui en découlent, et leur globalisation à l’échelle planétaire. Tout ceci n’aurait pas été possible sans l’émergence du monde digital, de la numérisation au sens informatique de ces flux.

 

Encore une fois, je dois préciser que je ne remets pas en cause le principe de cette numérisation. Au-delà de l’accélération des flux elle a permis leur augmentation, la création d’une nouvelle source de revenus pour les banques, un accroissement de leur gain et qu’on veuille l’entendre ou nom elle participe à l’accroissement du PNB. La contrepartie de tout çà malgré tout, est qu’elle a conduit le capitalisme à oublier la notion de valeur, notion qu’il lui est fondamentale et qui participe de son éthique pour au contraire s’en abstraire et ne revenir qu’à la notion de gain stricte et l’amplifier. Même si cette sentence revêt l’aspect une glose, le capitalisme actuel est en quelque sorte révolutionnaire à lui-même, puisqu’il a tué ce qui le fondait pour tendre vers la rentabilité absolue. Aujourd’hui, grâce justement à la numérisation des transactions financières, un baril de pétrole est l’objet de nombreuse transactions avant même qu’il ne soit extrait, un investissement dit toxique est échangé puis enfoui parmi d’autres plusieurs fois avant qu’il ne devienne décelable….Les gains à chaque étape sont substantiels et démultipliés avant de se rendre compte que finalement ils ne sont pas fondés. Comme une évidence, il faut rappeler que cette numérisation a permis la « financiarisation « de l’économie, où comment l’investissement dans les produits financiers est plus rentable que le travail. Les valeurs du capitalisme actuel, ou justement leur absence sont propagés à toute l’économie. Encore une fois, il ne s’agit pas ici de remettre en cause le progrès indéniable que cette numérisation a apporté, ne serait que parce que, par exemple, elle permet de prévenir des krachs, ou les attaques monétaires, mais à mon sens avant toute réflexion sur la refondation de l’économie, ou de la société, il s’agit déjà d’instaurer des limitations à ces échanges, et de remettre de la valeur là où il n’y en a plus.

 

Plus largement, c’est bien sous l’angle de la valeur, et d’une réflexion autour de cette notion qu’il faut aborder la refondation de la société. Ou plutôt sur une nouvelle adéquation entre les valeurs de la société auxquelles nous sommes tous prêts à adhérer ( au sens large,…) et le contrepoint financier que nous souhaitons leur accorder. Par définition cette démarche mène à la construction d’une société dite de développement durable. Le communisme a échoué en partie par le refus de considérer l’attachement des individus à l’argent au « contrepoint financier », le capitalisme actuel désagrège la société par le refus d’accorder aux individus les valeurs éthiques auxquelles ils aspirent.

Ces considérations génériques posées, les notes suivantes visent à ouvrir le débat sur le renouvellement de la société, sur la base de la notion de valeur. Dans la mesure où ce débat ne peut se limiter qu’à la France, et que l’économie de la planète est désormais globalisée, il s’agit en fait de repenser les relations internationales….Quitte à oublier la modestie autant le faire pleinement.